L’étude de LYON – résumée : comment découvrir à prévenir l’infarctus

Pour faire suite à un autre article sur le rôle du cholestérol dans les risques d’infarctus et AVC,  je retranscris quelques passages du livre car je trouve merveilleux la façon dont « le hasard a bien fait les choses » dans ce cas…. avec la perspicacité des chercheurs cliniciens de la « fameuse » Étude de LYON à laquelle les cardiologues se réfèrent… je comprends maintenant pourquoi ! La réponse était là où on ne la cherchait pas … comme c’est souvent le cas des grandes découvertes… BRAVO à cette équipe !

« Prévenir l’infarctus » : livre du Dr Michel de Lorgeril

Voir l’Extrait du Chapitre 3 sur le site de la maison d’édition du livre

Epidémie d’infarctus chez les transplantés cardiaques

Après avoir travaillé dans des hôpitaux universitaires prestigieux en Suisse et en Amérique du Nord pendant plus de 10 ans, j’ai été invité à la fin des années 1980 à rejoindre une équipe de l’INSERM à Lyon pour conduire un essai clinique visant à diminuer le risque de complications cardiovasculaires par une modification des habitudes alimentaires.

Cette étude désormais connue comme la Lyon Diet Heart Study (en anglais) ou l’Etude de Lyon (en français) reste aujourd’hui l’étude de référence pour tous les cardiologues qui s’intéressent à la nutrition.

Après avoir mis en place (en 1987-1988), et démarré l’Etude de Lyon – que nous allons décrire dans le chapitre suivant – un autre problème s’est posé à nous, une sorte d’urgence humanitaire !

En 1989, les chirurgiens lyonnais (l’une des plus grosses équipes de transplantation cardiaque au monde) nous ont appelés à l’aide. Ils étaient confrontés à une épidémie d’infarctus du myocarde parmi leurs greffés du cœur.

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Ce que nous avons fait (avec le soutien des professeurs de cardiologie des hôpitaux lyonnais, et malgré la résistance de l’INSERM à Lyon comme à Paris) c’était détourner nos outils de recherche au profit de la médecine. Nous n’avions aucun protocole de recherche pour investiguer ces greffés, et même aucune hypothèse particulière sinon que les mécanismes biologiques conduisant à l’infarctus chez eux devaient ressembler à ceux conduisant à l’infarctus chez les non greffés, donc à ceux que nous testions en parallèle dans l’Etude de Lyon.

Nous avions en fait sous les yeux un modèle quasi expérimental d’infarctus du myocarde chez des humains, une tragédie pour les victimes et leurs familles, mais une source majeure d’informations pour des médecins investigateurs.

Nous voulions rendre service simplement, et pour des raisons humanitaires ; tout en alourdissant considérablement notre charge de travail, et cela bénévolement. Aucun budget ou salaire de technicien ne fut dégagé pour ce travail chez les greffés puisque nous détournions l’activité du labo. Mais, ce furent les patients (et leurs chirurgiens) qui nous rendirent l’immense service de se prêter avec enthousiasme à nos investigations. Car, en termes de recherche scientifique, la moisson fut réellement magique !

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Nous avons démontré que c’était en fait leur mode de vie qui provoquait l’épidémie d’infarctus chez les greffés lyonnais.

Pourquoi les greffés lyonnais, et pas les parisiens ou les américains ? A l’époque, les principaux centres de transplantation cardiaque étaient (outre un grand centre aux Etats-Unis) Paris et Lyon sous les influences respectives des Professeurs Cabrol et Dureau.

Si à Paris et aux Etats-Unis, la stratégie de transplantation était très sélective avec exclusion des patients fumeurs, buveurs, âgés ou en mauvais état général, les transplanteurs lyonnais avaient défini une politique beaucoup plus libérale sans exclusion a priori. Je ne porte aucun jugement car d’un point de vue éthique les deux approches sont défendables. D’un côté (à Paris), on réserve les greffons pour les patients ayant en théorie le meilleur pronostic, de l’autre (à Lyon), on décide qu’aucun critère de sélection n’est recevable pour des familles dans le malheur et on retient comme seul critère de sélection l’ordre d’inscription sur la liste d’attente. Les chirurgiens lyonnais allaient même un peu plus loin dans leur libéralisme en ne donnant presqu’aucune consigne de mode de vie à leurs greffés considérant qu’après les avoir miraculeusement sauvé de la mort – la greffe est souvent vécu par ces patients au bout du rouleau comme une ressuscitation – il était incongru de restreindre leur existence d’une façon ou d’une autre. Profitez de la vie, tel était le message des transplanteurs lyonnais !

De mon point de vue, ils n’avaient pas tort. A l’époque, en effet, toutes les études visant à diminuer le risque cardiovasculaire par des modifications du mode de vie avaient échoué. Les chirurgiens sont des gens pragmatiques : pourquoi diraient-ils des choses non fondées sur des preuves à des patients qui revenaient à la vie ?

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Beaucoup des transplantés lyonnais, nous l’avons rapidement constaté, menaient donc une vie de patachons, à la française d’un point de vue nutritionnel ! Et même à la lyonnaise pour beaucoup : la fiesta souvent avec : beurre, crème, charcuteries, viandes grasses, desserts fastueux, etc. De plus, les ex-fumeurs refumaient, les buveurs du week-end à l’anglo-saxonne (les binge drinkers) buvaient à nouveau sans modération, les plus jeunes retravaillaient dans le stress et la précipitation, et l’exercice physique ne faisait pas partie des priorités quotidiennes de la majorité de ces greffés. Qui pourrait le leur reprocher ?

Intervention de notre équipe

Notre intervention, dans ce contexte, fut de simple bon sens. Nos conseils étaient simplissimes : arrêt du tabac, consommation d’alcool modérée et sous forme de vin exclusivement au moment des repas, diète méditerranéenne systématique, exercice physique organisé et programmé.

Après deux années de consultations où nous avons pu voir plusieurs fois la majorité des quelques centaines de transplantés cardiaques lyonnais, l’épidémie était stoppée !

La maladie coronaire accélérée du transplanté n’était certes pas totalement éradiquée, mais la fréquence des complications s’était effondrée, les re-transplantations étaient devenues rares. Les statistiques lyonnaises ressemblaient désormais aux statistiques américaines et parisiennes, peut-être même en mieux !

Le changement de pronostic était survenu de façon tellement rapide que nous n’avons même pas eu le temps d’organiser un essai clinique classique, avec tirage au sort et constitution d’un groupe témoin pour valider l’efficacité thérapeutique de notre intervention. Nous leur avions simplement donné des conseils de mode de vie !

C’est ce que nous pouvons appeler de la recherche clinique pragmatique. Nul besoin de protocole compliqué, de recruter des milliers de patients, de faire des calculs statistiques élaborés pour démontrer l’efficacité d’un traitement : parfois, les faits crèvent les yeux !

Bien sûr les transplantés ont d’autres problèmes que leur mode de vie. Les altérations de leur système immunitaire jouent certainement un rôle. Nous avons montré, par exemple, que ces patients sont insensibles à l’effet antiplaquettaire (anti-caillot) de l’aspirine à faible dose et que chez eux, il faut utiliser d’autres antiplaquettaires que l’aspirine. Mais leur problème principal, vis-à-vis de l’épidémie de complications cardiovasculaires, et par comparaison avec d’autres cohortes de transplantés, était indiscutablement leur mode de vie.

Un autre facteur aurait-il pu être en cause ?

Nous avons essayé d’identifier un facteur particulier du mode de vie (tabac ou sédentarité) – ou un facteur biologique, le cholestérol, ou une hypertension artérielle – spécifiquement associé à ces complications, mais ce fut un échec.

Nous avons certes noté des anomalies (décrites en partie dans la bibliographie de ce chapitre) mais aucune n’a paru prédominante, à nous-mêmes ni à d’autres équipes d’ailleurs. En particulier, nous sommes arrivés à la conclusion que le cholestérol n’était pas responsable de cette athérosclérose accélérée !

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Pour nous, scientifiques psychorigides et médecins travaillant exclusivement selon les principes techniques et éthiques de la recherche clinique, ces quatre années de recherche avec les transplantés furent une magistrale leçon de… modestie !

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Quelles leçons tirer de notre travail avec les transplantés ?

Et aussi, quelles leçons en tirer pour les populations non transplantées ? La principale leçon évidemment c’est que même dans le contexte particulier de la transplantation d’organe – où on se serait attendu à ce que d’autres facteurs, notamment immunitaires, jouent le rôle le plus important – le mode de vie s’est avéré prépondérant dans la survenue des complications cardiovasculaires. D’autres facteurs étaient à l’œuvre certainement, mais la vitesse d’apparition et la sévérité des complications étaient dues au mode de vie puisque la correction du mode de vie a stoppé l’épidémie.

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En effet, nous avions pu parallèlement étudier des données d’autopsie des patients non transplantés et procéder à des comparaisons ; tout ceci grâce à l’extraordinaire coopération des pathologistes de l’Hôpital cardiovasculaire de Lyon : les Prs Loire et Tabib, à qui j’adresse mes chaleureux remerciements pour tout ce qu’ils m’ont appris. L’irremplaçable expérience acquise avec ces experts m’a montré que les lésions d’athérosclérose des coronaires (patients greffés ou pas) sont d’une très grande variété (avec une prépondérance considérable de la fibrose et des thromboses), et que vouloir attribuer un rôle majeur au cholestérol (ou un rôle important au cholestérol par rapport aux autres lipides) est un non sens.

Mais si j’écris ces lignes aujourd’hui avec quelques certitudes, j’étais beaucoup moins assuré à l’époque. Je restais dans l’interrogation. En effet, il manquait quelque chose au dossier mode de vie pour emporter totalement ma conviction.

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La réponse définitive à cette question du rôle causal du mode de vie dans les maladies cardiovasculaires m’a été apportée par l’Etude de Lyon ……

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A propos Nutri Soins Santé

Biochimiste-Nutrithérapeute qui, suite à plus de 30 ans d'expérience en recherche, développement et production biotechnologique et biopharmaceutique . Maintenant convaincue qu'on peut et qu'on doit prendre sa santé en mains par nos choix quotidiens (mode de vie, alimentation) j'offre un service de consultation privée. Je suis déterminée à aider les gens qui n'ont pas le temps ou les connaissances pour prendre des décisions éclairées par une meilleure compréhension des phénomènes impliqués dans les multiples réactions et interactions que notre corps vit quotidiennement. On peut éviter de compter quasi exclusivement sur les médicaments de l'industrie pharmaceutique pour faire face à la plupart des maux qui nous affectent au cours de notre vie. Ainsi la population pourra vieillir encore longtemps, autonome CAR en bonne santé. Tout ceci sans "vivre au-dessus de ses moyens financiers" et ne plus dépendre des Caisse d'Assurance Maladie lié à un système de santé débordé et de plus en plus inefficace (délai d'attente de plusieurs mois, traitements plus ou moins efficace avec des effets secondaires non négligeable et bien trop onéreux et inabordable pour la majorité de la population mondiale).
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